Le petit caillou dans la chaussure

Blog littéraire d'Alexandra Lahcene

« A quoi bon vouloir être une femme quand on pouvait être un oiseau ? »

Aujourd’hui il n’est pas question de rentrée littéraire mais d’un petit bijou que j’ai dévoré sous le soleil de cet été.

Ce très beau premier roman, à l’aide d’une construction narrative soignée, aborde la condition des femmes palestiniennes soumises aux traditions séculaires perpétrées sous la domination des hommes mais par les femmes !!

Isra, Deya, Sarah : elles sont nées femmes. 

Leur destinée : rester cloitrée, invisible, exilée, dissimuler leurs conditions, se taire. 

« Une femme n’a rien d’autre en ce monde que son bayt wadar, sa maison et son foyer. Le mariage, la maternité : c’est la seule valeur de la femme. »

Mais ces trois femmes vont briser ce silence par le pouvoir des mots.

Mariée de force à Adam à 17 ans, Isra partira vivre à New york, terre du désenchantement, dans le foyer des parents de son époux.  

La relation des jeunes mariés s’étiole au fur et à mesure des naissances : Adam est lui même enfermé dans un système régi par une mère tyrannique, gardienne des traditions écrasantes, oppressantes, injustes. Telle une esclavagiste, elle exploite Isra qui doit rester obéissante et impérativement lui donner un héritier male en prenant soin de son foyer.

Mais Isra ne mettra au monde que des filles, des « balwa » (embarras, fardeau).

Elle semble sombrer dans la solitude. Sa belle-sœur, Sarah, lui donnera une lueur d’espoir par les livres, symbole d’une résistance ! Elle sortira de sa cuisine à travers les lieux qu’elle rencontrera dans ses lectures.

Dix-huit ans passent, Deya refuse le mariage forcé que sa grand-mère veut lui imposer, veut faire des études et souhaite qu’on lui révèle les lourds secrets familiaux.

Un récit poignant sur les difficultés de s’affranchir et l’absolu nécessité de la résistance, une célébration de la littérature et du pouvoir des mots.

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