Le petit caillou dans la chaussure

Blog littéraire d'Alexandra Lahcene

« Elle n’était pas du tout son genre ; il n’avait jamais été le sien. Ils n’avaient rien pour se plaire ; ils se plurent pourtant, s’aimèrent, souffriront de s’être aimés, se désaimèrent, souffriront de s’être désaimés, se retrouvèrent et se quittèrent pour de bon »

Le narrateur se voit être interrogé par Le juge de « article 353 du code pénal », de Tanguy Viel afin de témoigner et relater l’histoire de Vasco et Tina.

De cette histoire d’amour, subsiste un cahier de poèmes et un revolver (et pas des moindres).

François Henri Désérable aborde avec humour et un style irréprochable dans ce savoureux roman, le désir, la passion. Il est question ici de sens, de fusion, de déraison.

Tina aime réciter des poèmes de Verlaine et Rimbaud (vous avez donc saisi la portée du titre…) qu’elle apprend la nuit car «  la nuit je suis de garde, au chevet des mots. »

Elle a « …. Une voix qui nous fait entendre les clapotements furieux des marées, qui nous fait voir les lichens de soleil et les morves d’azur, les hippocampes noirs, les archipels sidéraux.. »

(oui… il a du style François-Henri)

La fougue va naître avec l’intrépide Vasco qui ira jusqu’à voler le cœur de Voltaire pour Tina, en parcourant la bible de Gutemberg, les épreuves corrigées des fleurs du mal, l’original des poèmes saturniens à la BNF où « …ils n’étaient plus que deux corps dominés par la puissance aveugle d’un désir dont ils différaient les assauts, le moment où finiraient par s’effleurer leurs lèvre, car c’est là que réside l’acmé du plaisir, dans cet instant souvent bref où rien n’est dit et néanmoins tout est joué, c’est inéluctable et délectable, on le sait, il arrive, il est là, le baiser ».

Dans ce bureau du juge, le narrateur évoque ces cœurs dévastés et la vanité de cette échappatoire fusionnelle voué a un dénouement tragique.

« … car il en va des coupons de réduction comme de l’amour : ils portent en eux un terme, une échéance, le désamour est immanent à l’amour comme la date d’expiration l’est au coupon de réduction, à la différence que sur le coupon tout est clair, tout est écrit noir sur blanc, on sait au jour près quand il sera périmé, ce qui n’est jamais le cas de l’amour. »

J’ai été séduite par la maîtrise des figures de style, des mots, ces phrases infinies et démesurées à l’image du désir décrit.

Très beau moment de lecture

« Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,

Et fais-moi des serments que tu rompras demain,

Et pleurons jusqu’au jour, ô petite fougueuse !

(Lassitude, Poème saturniens.)

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