Le petit caillou dans la chaussure

Blog littéraire d'Alexandra Lahcene

Dans ce roman pluriel qui m’a émerveillée il est question tout d’abord d’une histoire d’amour qui découle d’un irrattrapable « je ne t’aime pas».

« Comme en musique, elle reprend au début et, à partir de là, le lien se noue.

ll lui dit qu’il l’aime parce qu’elle a les yeux ronds, et elle lui répond : « Moi aussi, je t’aime, parce que tu as les cheveux de travers », et tout recommence. »

L’énigmatique Etienne appartiendra pour toujours à notre narratrice,  deviendra son « éternel fiancé », celui qui, chaque fois qu’elle le recroisera, aura oublié.

Parce que cette chance que la musique accorde de recommencer pour perfectionner, amender, la vie ne l’octroie pas.

C’est ainsi, sur une tonalité mélancolique qu’Agnes Desarthe aborde la notion du temps perdu mais qu’on retrouve, de l’oubli, de la mémoire.

« Je suis au centre. A gauche mon passé,  à droite mon avenir, et moi, au milieu, au présent, à l’invariable présent.

Ce temps que la musique ignore. »

« Je rebrousse chemin, je revois chaque bifurcation, les instants de choix, les moments irrémédiables. Je démêle mon existence comme une chevelure qui n’a jamais connu le peigne. Je méprise mon destin, et cela crée en moi une aigreur terrible.

Je réécris mon histoire à partir de souvenirs, de bribes d’existence avortées qui, au terme d’une hésitation, à la faveur d’un changement d’avis, n’ont pas fécondé l’avenir. »

L’héroïne aimera, lui aussi. Elle quittera, lui aussi. Mais elle restera impuissante et ne dévoilera pas ses émotions.

L’auteur compose la partition de la vie et s’interroge sur ce qu’on peut bien faire du présent, moment incarné par un chef-d’orchestre emprisonné dans son oubli et sa joie constante et donc dans l’impossibilité de construire un avenir parce qu’il n’a pas de souvenirs.

Elle nous fait passer d’un chapitre à l’autre en jouant avec le rythme : sur la pulsation de la vie, elle alterne les tempo du largo au prestissimo, joue avec les nuances,  les silences.

Quelle magnifique composition !

Il n’est pas simple de raconter l’histoire d’une vie et Agnes Desarthes le fait avec Brio !!

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