Le petit caillou dans la chaussure

Blog littéraire d'Alexandra Lahcene

« Je connais réellement la vie. Et comme tout le monde, je mange, je mange son miel empoisonné. Le poison je l’avale, le miel je le savoure. Tu peux gémir autant que tu veux, tu peux redouter autant que tu veux ce miel empoisonné, ni la peur, ni les gémissements ne détruiront le poison. Tu ne réussiras qu’à tuer le goût du miel. Les réalités de l’existence, je les connais, seulement je ne ‘y arrête pas. S’il faut boire le poison je le bois, mais les conséquences ne m’intéressent pas. Parce que je sais qu’en fin il s’agit de mourir… »

Aujourd’hui je vais vous parler de mon coup de foudre pour un personnage dont j’ai aimé respirer son parfum de liberté semblable aux fleurs qui jonchent son appartement. 

Il faut que vous la rencontriez à votre tour !!

Mais que j’ai aimé cette créature littéraire qui a vu le jour en prison turque sous la magnifique plume de Ahmet Altan.

Cette éducation sentimentale raconte la rencontre de deux êtres paradoxaux aux cultures opposées faisant de la figuration au 4eme sous sol d’un immeuble.

Fazil s’éprend ainsi de Mme Hayat, mystérieuse, désinvolte, voluptueuse, optimiste, joyeuse, curieuse, épicurienne, légère, insouciante, emprunte d’ironie en un mot… LIBRE.

Elle assume avec sagesse philosophique ses choix et incarne la valeur inexorable de l’instant.

La littérature l’ennuie.

Cette femme sensuelle incarne l’image métaphorique de tout ce qui s’oppose à l’oppression, à l’arbitraire de cette Turquie contemporaine en défiant et réinterrogeant sans cesse le concept du bonheur, seule responsabilité qu’elle a envers elle-même, et celui des règles.

Fazil aimera en parallèle une jeune étudiante en littérature, diamétralement opposée à Mme Hayat, Sila, issue de la même origine sociale que le narrateur, dont la famille a été également déchue par le pouvoir en place. Elle incarne ainsi la modernité et lutte d’une autre manière contre ce régime totalitaire.

Je vous laisse découvrir les choix qu’il devra faire…

Et puis il y a cette pension où logent Fazil et ces personnages, allégorie politique, que l’on rencontre dans la cuisine commune, partageant une destiné et auxquels on s’attache.

Vous l’aurez compris : ce magnifique hommage aux femmes est à lire et à offrir sous le sapin !!!!

« Elle était certainement la partenaire la plus charmante qu’un homme puisse souhaiter pour diner, sa conversation était brillante, captivante, à sa façon de tout s’approprier avec sa désinvolture et ironie se mêlait une sorte de timidité, les sujets de discussion dansaient et tournoyaient à notre table tel un essaim de lucioles autour d’une lumière. »

« La littérature est un télescope braqué sur les immensités de l’âme humaine. A travers ce télescope, vous voyez de l’homme les scintillantes étoiles aussi bien que les trous noirs. »

« Une femme ne sait pas si elle est heureuse, elle sait en revanche très bien ce qui manque à son bonheur ».

« On aurait dit que le cosmos tout entier avait été conçu comme un conte fait pour divertir Madame Hayat ».

Une réflexion sur “Madame Hayat.

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