Le petit caillou dans la chaussure

Blog littéraire d'Alexandra Lahcene

« Vous vous réveillez un matin vous êtes noires ».

Un incipit fort qui annonce une vie anéantie par une révélation qui surgit dans la vie de la narratrice dépressive et de surcroit désorientée.

Voici un récit subtil, singulier sur la question de l’identité et de la stigmatisation.

Un matin, la narratrice pensait être la femme qu’elle était la veille. 

Elle reçoit un message : une journaliste souhaite recueillir son témoignage sur le racisme dont elle est victime.

Elle se réveille donc noire un matin. Elle devient une espèce, comme la tortue.

Elle n’a pas de nom : elle, et tous les personnages, sont réduits à leur fonction, lieux (hostiles ou non) ou leurs rapports aux autres.

Elle découvre petit à petit les regrets de sa grand-mère part pour un voyage identitaire.

A qui ressemble-t-elle ? Elle vacille entre présence, absence, vide, recommencement.

Laure Gouraige emploie le pronom personnel « Vous », à l’image d’un miroir déformant de la réalité, un empêchement du discernement de la narratrice.

Dans ce récit emprunt d’humour, ce « vous » s’adresse à nous lecteur et nous déstabilise : qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui relève du mythe ?

Ce texte unique désarçonnant aborde d’une manière très intelligente et par l’absurde le questionnement de ce qui pourrait nous définir et remet en question nos certitudes. 

C’est à lire !

« Votre objet à vous est déjà peu clair, certes clair de peu, mais sombre en esprit ; en bref, vous divaguez, vous sombrez dans un délire noir. »

« L’ignorance c’est vous. Vous êtes un creux parmi les vivants. Ici un peu moins qu’en face. Sur votre rive vous vous sentez protégée. C’est l’avantage de l’exil, on laisse mourir les gens qu’on aime à 7000 kilomètres, on fait semblant de s’en foutre jusqu’à dépérir soi-même »

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