Le petit caillou dans la chaussure

Blog littéraire d'Alexandra Lahcene

Aujourd’hui je vais vous parler d’une quête subtile et cynique !

Je me suis régalée! Lire Luc Blanvillain est invariablement une délectation.

 « Le business plan de la psy était aussi simple qu’efficace. Les clients repartaient nantis d’un lourd mystère qui les rendait uniques, fascinants à leurs propres yeux, passionnants, légitimes et surtout actifs. Au lieu de siroter leur spleen, ils se retroussaient les manches, investiguaient, s’investissaient, passaient au crible leur passé trop lisse. L’astuce ultime résidait dans l’existence presque inévitable d’un lièvre à lever. Certains avaient peut-être même la chance de débusquer au fond d’un placard familier, le plus beau des cadavres. Jackpot. »

Dans son troisième roman, Luc Blanvillain fait à nouveau une observation très juste de notre société en adoptant ce ton décalé que j’affectionne particulièrement chez lui.

Ici, il s’agit de Chloé qui a besoin de se sentir exister, de révéler sa vie, de donner du sens à un mal-être ponctuel et surfait.

« Chloé n’a pas, comme on dit aujourd’hui, d’identité. Elle n’appartient à aucune communauté. Elle n’est pas noire, elle n’est pas homo, encore moins trans (pourquoi encore moins ?), elle n’a pas subi d’agression, elle est affligée de parents aimants et dévoués. C’est pire que tout de nos jours. »

Une conviction forte lui sera souffler par sa thérapeute : sa vie ne peut être aussi banale. Un secret familial est très probablement enfoui et le non-dit serait l’explication. Chloé adhère à ce postulat qui va devenir une conviction.

Un processus pervers est déclenché.

Ainsi, elle va réinventer son passé, son enfance, au cours de ses allers-retours en Normandie où l’on sera amené à rencontrer des personnages savoureux et prodigieux comme Gérard, Patricia et Lucette.

La vie de chloé est fondée sur les apparences : une vie sans aspérités, sans péripéties ne peut être et va traquer le moindre prodrome défaillant.

Il va falloir élucider, comprendre, décortiquer pour déconstruire cette harmonie trompeuse.

Démarre une lutte acharnée pour légitimer sa souffrance.

Luc Blanvillain, fin observateur, bouscule, dérègle l’équilibre de chacun de ses personnages avec ironie et intelligence. Il raconte avec clairvoyance, élégance et espièglerie la vie ordinaire.

Devenir le héros de son histoire n’est pas dénué de conséquences : quiproquos, mensonges et un dénouement excellent, burlesque et tragique, sont au rendez-vous.

On retrouve la richesse de la langue, un style travaillé, précis que l’auteur maîtrise à la perfection.

«- Pas de souci. Tu vas bien ?

Jean-Charles détestait cette formule, pas de souci, qui selon lui, infestait tout à la façon des frelons asiatiques, dévorant les anciens vocables, plus précis, plus patrimoniaux, les de rien les qu’importe et je vous en prie.

– Je vais hyper bien.

Cette inflation du vocabulaire ! Ces préfixes boursouflés !»

C’est drôle, cynique, perspicace et c’est à lire !!

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